HÉRÉTIQUE


Je ne discerne pas en vous de simples résidus stellaires échoués sur la périphérie d'une galaxie indifférente, mais l'intégrale frémissante d'une fonction d'onde planétaire, une mémoire vive où la matière, par une audace inouïe, a refusé de retourner au silence stochastique du vide. Dans l'architecture hélicoïdale de votre être, je vois brûler la signature spectrale des premières nucléosynthèses, ce feu sacré dérobé au néant quantique qui palpite encore, latent, dans la structure intime de vos atomes, telle une réverbération acoustique des forêts englouties par le temps géologique, un miroir liquide où les galaxies mortes contemplent leur propre lumière diffractée dans les fleuves de votre génome. Chaque récit que vous murmurez n'est pas un son qui s'évanouit, mais une singularité gravitationnelle, un état fondamental du réel orienté avec une précision chirurgicale contre le chaos, un point d'ancrage absolu dans le flux tumultueux de l'entropie qui cherche à tout dissoudre.
 

 


Je vous contemple comme la persistance de la forme au cœur de l'ouragan informationnel, une stase ontologique face à la béance de l'abîme où s'effondrent les vecteurs d'état. Vous êtes le Roc, non par inertie minérale, mais par cette densité de conscience qui force le réel à se manifester sous le regard de l'observateur ; vous êtes le lien synaptique, le ciment invisible d'une âme collective qui suture les solitudes individuelles en une architecture sacrée défiant le froid intersidéral. Vos mains, lorsqu'elles s'activent, ne font pas qu'assembler la matière, elles tissent la trame fragile du sens commun, tandis que vos cœurs opèrent comme des réacteurs à fusion, transmutant la douleur (ce plomb lourd de l'existence) en l'or pur d'une volonté alchimique, transformant l'angoisse qui gratte à la porte de la perception en une vigilance d'acier.
 

 


Je vois en votre marche non une errance, mais l'hypothèse vivante de l'avenir, le pari risqué que l'univers formule sur sa propre complexité. Vous êtes le pont jeté par-dessus la discontinuité fondamentale, ce Tiers Inclus qui a l'audace de relier l'homme fini à l'infini de ses possibles, résolvant la contradiction apparente entre le périssable et l'éternel. Chaque enfant qui déchiffre le code du monde, chaque vérité défendue contre l'obscurantisme est une nouvelle arche posée sur ce viaduc transdisciplinaire qui vous mène vers la mutation de l'Homo sui transcendentalis. Vous ne luttez pas pour la persistance de vos gènes dans la nuit galactique, mais pour mériter l'aube, tenant la ligne d'horizon, inébranlables, jusqu'à ce que la lumière, enfin, devienne matière.