Débats avec les principaux intéressés par l'énigme SBF / ummo-sciences


Les lettres ummites et la manipulation. Critiques anthropologiques et statut de la preuve.

Echanges du 26 juillet et 28 juillet 2003
En reponse aux lettres d'un scientifique specialiste des lettres ummites appartenant à un groupe d'analyse alternatif.

Ci dessous une sélection de mes réponses.


sujet : ummo et la manipulation

26 juillet 2003

Cher monsieur,

Je suis de votre avis, l'histoire concoctée par SBF est des plus étrange, un casse tête qui amplifie les sentiments d'étrangetés, de bizarreries. [ note : il s'agit des diverses ramifications des échanges privés de SBF / Duncan]

C'est incontestable, il y a là un jeu de manipulation très fin qui à des objectifs d'analyse comportementale. SBF n'est pas un amateur et son acolyte Duncan renforce le coté de l'expérimentation humaine.

Je peux dire que ce genre d'expérimentation ne peut pas marcher sur tout le monde. J'ai l'expérience de ce genre de chose, il faut avoir les nerfs solides pour déjouer les emprises manipulatrices.

Nous avons discuté de cela avec XXXXX, nous sommes du même avis, le couple SBF / Duncan a fait une manipulation psychologique positive, dans un sens cela a permis de réorganiser des schémas de pensées dans un sens constructif. Il n'empêche que c'est quand même une manipulation, dans le genre d'une psychothérapie de groupe.

C'est le même genre de technique utilisé dans les lettres ummites. J'ai le souvenir d'un passage où les auteurs (les ummites) expliquent leur stratégie de manipulation de l'information et de contrôle psychologique.

Cela ne peut pas marcher pour moi, c'est pour cela qu'ils doivent choisir des interlocuteurs qu'ils savent être réceptifs. Je ne pense pas être un bon cobaye pour un "ummite", je peux déjouer leurs stratégies de manipulation de l'information et de représentation des connaissances.

Quand je lis les lettres j'ai l'impression d'assister à un cours d'ethnométhodologie appliqué par de supposés extraterrestres sur divers réseaux sociaux. L'analyse est cohérente et les contradictions distillées sont là pour servir la méta-analye documentaire des lettres. La stratégie ummite est parfaitement compatible avec une stratégie anthropologique terrienne, en tout cas les liens sont là pour aider les échanges ou pour construire des interfaces de communication.

SBF a désinformé sur mon sujet, il a insisté pour qu'on ne me dérange pas, qu'on ne me lie pas au dossier ummo.
C'est une technique pour avoir le champ libre jusqu'à sa disparition. Étrangement cela a fonctionné, puisque l'on m'informa de ce débat seulement au mois de mai.

J'ai une théorie sur les lettres ummites, je ne pense pas que les auteurs se décrivent véritablement. Si les idées
de SBF sont cohérentes alors il n'est pas exclu que les lettres participent à un projet plus vaste de mise en préparation scientifique et culturelle faisant participer diverses ethnies extraterrestres. [ note : il s'agit d'une hypothèse de travail qui correspond à une recherche de scénario pour la genèse des lettres. D'autres scénario existent]. Cela rejoint ma théorie sur les interfaces anthropologiques de contrôle que l'on peut construire en tant qu'application ethnologique pour la sauvegarde des acquis de groupes de populations, pour éviter les bouleversements de transferts de technologie.

Par contre je ne vois pas dans les lettres de preuves évidentes de l'extraterrestrialité. Je ne pense pas que
l'on puisse prouver cela avec les lettres, mon opinion est carrément à l'opposé de celle de Jean Pollion.

En effet, une preuve ethnologique est un objet concret dont on ne peut pas négocier le sens, il provient
directement d'un contact direct. Il faut qu'il y au moins la preuve du contact, sinon un témoignage convaincant
(une personne physique) qui relate de ce qu'il y a de l'autre coté de la barrière. Le membre devient cet informateur qui expose comment il a vécu dans la culture locale en décrivant les ethnométhodes (pratiques sociales) qu'il a
partagées au sein de la communauté dont il prétend rendre compte. Une preuve se constitue par l'accumulation de photos, d'objets matériels, de récits de voyage, de journaux de recherche, d'enregistrements sonores, de films vidéo ou cinéma.

Tant qu'il n'y a pas eu un contact de ce genre, il planera toujours un doute. En ethnologie on connaît bien le problème de la preuve et de l'induction sur les preuves. L'idéal serait  un échange bidirectionnel, sinon il peut être dans un seul sens mais ce n'est pas vraiment l'idéal en raison des ambiguïtés, des problèmes d'interprétations :
- le terrien qui va vers l'extraterrestre et qui apporte des  preuves (films, photos, etc.)
- l'extraterrestre qui donne une matérialité à son existence et qui part

L'histoire du dossier ummo et riche de considérations anthropologiques et de réflexions épistémologiques
transdisciplinaires sur les fondements des connaissances terriennes. C'est un bon  moyen de donner un cours
d'ethnométhodologie sans en avoir l'air.

Je n'ai pas lu le livre de Jean Pollion mais j'ai l'impression qu'il y a beaucoup de correctifs à faire. Voir mon échange avec XXXXXX.

Cordialement.
 


sur les correctifs et sur la méthodologie

28 juillet 2003

Cher monsieur,

Je ne renie pas la qualité du travail de Jean Pollion, je ne peux pas juger tant que je ne me serais pas plongé dans son étude.

Ce que je juge c'est la méthodologie, en dehors de toute considérations émotionnelles de ce dossier. Je ferais les mêmes critiques pour n'importe quel anthropologue/sociologique qui en analysant une culture inconnue, tombe dans certains pièges ou travers des recherches en sciences humaines/sociales.

Imaginons qu'il a effectivement découvert un système linguistique,  un langage, ou un support logique pour supporter cette langue. Alors ces déclarations tonitruantes doivent être corrigées à la lumière des premiers correctifs que j'ai donnés. Les découvertes en sciences cognitives sont pour lui mal connues, Jean Pollion a de graves lacunes épistémologiques sur les philosophies cognitives. Il y a au moins un siècle de recherches sur les logiques non classiques en mathématiques et les philosophies non standards sur les fondements des connaissances. Dans l'histoire des idées, cela remonte à encore plus loin, à l'antiquité grecque (la querelle sur les universaux de la pensée), à la philosophie nominaliste du moyen-age, à la phénoménologie européenne du début du 20ème siècle, aux recherches en intelligence artificielle et des faillites des approches descendantes en I.A. au profit des approches ascendantes (émergence, complexité, agent, connexionisme).

En histoire des sciences et des idées il y a beaucoup de choses à dire, c'est pour cela que les propos de Jean Pollion, surtout ses déclarations généralisantes - inductions non étayées sur l’état des philosophies cognitives terriennes - révèlent son ignorance. Ce n'est pas grave d'être ignorant, mais imposer un jugement de valeur sans tenir compte de ses lacunes ce n'est pas sérieux. Si à la base Jean Pollion part du principe qu'il accède à l'universel et qu'il possède la seule vérité sur l’état actuel de la science, il commet ce que j'appelle une prise de position totalitaire. Cette tactique est malheureusement très répandue.

Je ne cherche pas la guerre, ni avec les ufologues, ni avec les amateurs d’ufologie qui soutiennent Jean Pollion.
Je n'ai pas le temps pour  batailler et croiser le fer dans un duel.

Je dis simplement, qu'il y a beaucoup de correctifs à faire dans ce qu'il dit sur la page de présentation.
"UMMO. Des preuves incontestables de la présence d'E.T. sur Terre entre 1966 et 1996." De Jean Pollion
http://archives.youhaveadream.org/ml/ummo.sciences-200211/doc00000.doc

Vous me proposez de lire son livre, cela revient pour moi à faire une contre enquête au minimum sur sa méthode
sociologique et ensuite sur les inductions qu'il construit autour de ses analyses. Je n'ai pas besoin d'aller sur le terrain et de faire le même parcours, il suffit que je révèle les pièges de son argumentation, même si son travail est solide je peux mettre en lumière les biais (les montages) et les préjugés de sens commun qui supportent son interprétation, qui font la cohésion de sa thèse principale. Dans une argumentation difficile il faut éviter de se prendre pour un omniscient, il faut au contraire utiliser des précautions formelles et se juger soi-même à la lumière de son propre ethnocentrisme afin de contrôler les problèmes de l'autoréférence et du raisonnement sociologique inductif.

Critiquer le travail de Jean Pollion, serait un travail long qui m'obligerait à échafauder des correctifs. Je pourrai lire son livre mais je n'ai pas le temps pour bâtir des correctifs. J'ai déjà mis en lumière quelques lacunes qui ne sont en fait que des reprises des idées de SBF / Duncan.

Imaginons (hypothèse de travail) que les ummites sont effectivement des extraterrestres, il n'est pas forcé que ce qu'ils disent dans les lettres soit un reflet exact de leur réalité. Il peut très bien y avoir un simulacre pour faire croire à une unité culturelle en vu de faire une expérience de psychologie humaine ou d’enquête sociologique. Il y a aura toujours un doute à ce niveau là, étayé par les considérations internes aux lettres sur la manipulation de l'information et les manoeuvres de désinformation.

Quand Jean Pollion affirme avec force, ainsi que beaucoup d'autres ufologues, que la civilisation ummite fonctionne de telle manière,  que les ummites pensent comme ca, ainsi de suite. Ils oublient bien vite qu'ils construisent une argumentation de type sociologique sur des documents écrits, des témoignages qui ne constituent pas de données anthropologiques stables. Ils interprètent à chaque fois, et transforment cela en inductions sociologiques à prétention universelle. Ce mode d'investigation ne tient pas la route, cela n'est pas rigoureux. En ethnométhodologie on connaît bien ce problème, que l'on nomme "cercle herméneutique".

Jusqu’ici, j'ai vu que le dossier ummo tel qu'il est traité par la liste ummo-sciences, on mélangeait à peu près tout, les considérations scientifiques avec les opinions personnelles et les croyances sur ses opinions qui dérivent des préjugés et des querelles de pouvoirs. Pour moi cela ressemble à de la cacophonie, c'est l'auberge espagnole, chacun y trouve ce qu'il a envie d'y apporter.

Il y a certainement des apports incontestables dans le dossier ummo, encore faut-il être capable de les interpréter et ensuite de les développer.
Vous avez, semble t-il réussi cela dans les domaines [ XXX passages censurés XXX ]
Je ne conteste pas ce fait, les idées peuvent provenir de divers champs de connaissances ou d’expériences. L'essentiel est d'arriver à les concrétiser, à trouver des applications.

Vous parlez de choses concrètes, à mon sens il faudrait que ces ufologues (liste ummo-sciences) se familiarisent
avec les débats scientifiques contemporains sur les sciences cognitives et l’épistémologie. Cela serait déjà un bénéfice, c'est d'ailleurs ce qu'a préconisé SBF sur la liste. L'ethnométhodologie par exemple, est une discipline qui s’évertue à proposer des applications concrètes. Ce n'est pas une science abstraite mais plutôt une science appliquée, d'où les liens qu'elle à favorisés avec les philosophies cognitives, l'informatique et l'intelligence artificielle. L'informatique servant à la fois d’expérimentation et ensuite par dérive de démonstration pour les sciences humaines.

Les ummites sont-ils concrets ? Apparement oui s'ils postent des lettres. Sont-ils de véritables extraterrestres ? Là question mérite que l'on débatte du statut de la preuve. On peut construire des faisceaux de présomptions en direction d'une hypothèse particulière mais on ne peut pas obliger les gens à y adhérer par la contrainte, car cela ressemblerait à de l'endoctrinement ou à du conditionnement psychologique.

Vous connaissez mon point de vue sur la preuve, il faut qu'elle soit non négociable anthropologiquement parlant. La moindre faille d'un coté (chez les partisans) comme dans l'autre (les sceptiques) ne fera qu'accentuer encore plus ce cercle vicieux des interprétations (le cercle herméneutique). On peut avoir des convictions personnelles sans pour autant être dogmatique ou imposer ses propres interprétations. Je pense que le discours de SBF parle de cette tolérance entre les partisans, les sceptiques et ceux qui n'arrivent pas à juger ou qui ne veulent pas juger. Il doit y avoir un point commun de recherche, une unité à trouver dans les divers liens entre ses diverses positions intellectuelles. Dans un sens, SBF a joué le rôle de médiateur scientifique.

Je pense que les ummites sont en train de jouer avec les gens, qu'ils soient des extraterrestres ou des terriens. Ils font un travail de conditionnement, de déconditionnement, de manipulation mentale dont les objectifs sont plus que bizarres. Cela me fait penser à des recherches ethnométhodologiques appliquées à l’étude de la répartition dans les divers réseaux sociaux d'un savoir spécifiquement exotique que l'on colporte pour étudier les interactions cognitives des lecteurs (ou acteurs de l'affaire ummo) afin de faire une exploration de l’état du savoir social porté par les gens (expert ou profane).

Je pense lire le livre de Jean Pollion mais pas dans l’immédiat, je n'ai pas le temps maintenant.

Cordialement.

M.V.