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Hypothèses et théorème sur l'impensé


Les enquêteurs du mystère, ceux qui s'autoproclament proche du but et qui se vantent de triompher des mensonges, veulent la plupart du temps découvrir par eux-mêmes la nature de ce qui est caché par la seule force de leur intuition, malheureusement cela ne suffit pas à démystifier la part qui revient aux fantasmes, aux désirs personnels, à cette part inconsciente qu'est la projection psychologique. Au final, ils n'arrivent pas à contraindre la réalité à s'accorder à leurs considérations. Ils peuvent bien faire des actes insensés, sauter en l'air en espérant enfoncer profondément leurs idées au sol, pour y bâtir ensuite un édifice conceptuel sur lequel poser leurs croyances, mais rien n'y fait, le réel qu'ils observent ne s'accorde toujours pas à leurs souhaits. Il est curieux de voir ces enquêteurs de l'étrange qui n'arrivent pas à se rejoindre sur des principes de bon sens au cours d'une recherche de la vérité afin de s'accorder sur ce que pourrait être une preuve construite sur un socle solide.

Quelle est donc cette créature que tout le monde cherche et que personne n'arrive à comprendre ? Que se passe-t-il lorsque la théorie qui tente d'expliquer le mystère ressemble à un kaléidoscope dans lequel se projette un film où les acteurs sont également les spectateurs ? Que dire alors de ces tentatives de construction d'un paradigme par des spécialistes autoproclamés mais qui ne sont pas capables de voir que s'ils font partie aussi de ce film, ils doivent s'engager personnellement, pour au moins apporter des éléments de compréhension qui viennent de l'intérieur même de ce mystère, au lieu de l'étudier de loin pour se contenter d'éléments incertains et rapportés par des intermédiaires.

Comme souvent, les hypothèses de ces connaisseurs commencent par des "ET SI" et "PEUT ÊTRE QUE". Si nous tentions de faire ainsi dans le cadre d'un jeu rhétorique pour expliquer une étrange rencontre avec l'impensable, nous serions alors dans un terrain mouvant et instable, mais cela nous empêcherait pas de proposer une démonstration homologue.

 

Hypothèse 1 : ET SI la vérité était toute simple mais difficile à faire passer en raison de son caractère exorbitant ? Autrement dit, quoi que l'on essaye de dire, de faire, de n'importe quelle façon dont on se représente cette vérité, elle ne pourra pas entrer aussi facilement dans la cervelle des chercheurs de vérité. Si on force les choses, cela pourra peut être provoquer des effets indésirables puisque cette connaissance s'accompagne toujours d'une perception directe du mystère et non d'une simple connaissance théorique ou d'une perception fantasmée. Peut être même que la réalité qu'ils cherchent à décrire et pire que tout ce qu'ils peuvent concevoir ou imaginer. Cette vérité peut s'accompagner d'une douleur existentielle, d'une surexposition sensorielle, d'un danger pour l'intégrité somatique et psychique. Si non étions dans un laboratoire, comment vous y prendriez vous pour expliquer la géométrie à un chat ou la physique à un chien ? Vous ne perdriez probablement pas votre temps pour expliquer une théorie qu'ils ne pourraient pas comprendre, plus probablement vous tenteriez de voir si ces animaux ont une perception intuitive, c'est à dire inconsciente et biologiquement engrammée d'une réalité régit par des lois géométriques et physiques. Ce serait pour vous une voie raisonnable pour communiquer sur la base d'éléments communs. C'est à dire qu'en tant qu'espèce animale vous partageriez une connaissance sensorielle et inconsciente d'une même réalité physique, et c'est à partir de ce bagage commun que pourrait se faire la communication.

 

Hypothèse 2 : ET SI la vérité pouvait être communiquée à un cobaye intellectuellement stimulé avec lequel on partagerait des émotions comme on pourrait le faire avec des primates. Si nous étions dans un laboratoire de psychologie animale, cela voudrait dire que l'on essayerait de parler avec un hominidé sur une base symbolique limitée, mais susceptible de faire émerger une communication plus élaborée. On essayerait peut être de contourner les limitations cognitives et morphologiques par des procédés techniques, comme on le ferait par l'utilisation d'un langage de signes, par l'emploi d'objets, de dessins, et parvenir au fil des apprentissages à construire un lexigramme élaboré. Ce serait une recherche sur un procédé technique de traduction symbolique pour créer un lien entre deux modes de pensée qui s'accorderait sur un langage artificiel partagé.

 

Hypothèse 3 : ET SI la vérité n'était pas uniquement composée d'éléments théoriques, de connaissances physiques et de percepts mais également d'un catalogue d'émotions à intégrer avec des paliers de réalisations concrètes et de problématiques existentielles à résoudre. Autrement dit un savoir qui inclut une expérience de sagesse et exclut logiquement le désordre qui ruinerait tout effort constructif. Ce serait là quelque chose d'incroyable, cela voudrait dire que l'on aurait un théorème intéressant si cette hypothèse était prouvée. Plus on se rapprocherait de la vérité et moins on serait tenté par cette facilité qu'est la bêtise, la paresse intellectuelle par excellence, et on serait moins enclin à toutes sortes de bassesses comportementales et d'irrationalités dommageables. Ce serait une forme de progression considérable car on serait capable de débattre sereinement sur des zones en dehors de la connaissance commune. Cela permettrait le partage de principes de co-existence dans un cercle vertueux pour une relation stabilisée avec cet impensable qu'est le champ de l'ignorance humaine.

 

Théorème : PEUT ÊTRE QUE le jour où la majorité des humains s'accorderont pour dire qu'ils ne savent pas grand chose du réel, et qu'il y a plus de choses qu'ils ignorent sur le fonctionnement de leur propre cerveau et sur l'univers, ce sera pourrait être le point nodal d'une révolution des consciences. Ce théorème autoréférentiel ne peut établir sa consistance qu'à l'unique condition où il ne s'accompagne pas d'une énième tentative de contrôle totalitaire du savoir pour limiter les effets d'une révolution du champ de la connaissance. Pour parvenir à concrétiser ce théorème, il faudrait plus qu'un sursaut, probablement un électrochoc puissant pour apercevoir un bref instant ce que pourrait être cet impensable. Bien évidemment, cela serait possible si on ne s'autodétruit pas à petit feu, si on ne s'atrophie pas en créatures post-humaines incapables de penser sans assistance artificielle. Il est bien là le problème, quelle est la marge de progression naturelle de l'espèce humaine ? A-t-elle encore le temps d'évoluer sur le plan biologique, physique et culturel sans détruire ce lien ténu avec une réalité plus extraordinaire encore ?

En considérant que sur la planète Terre, nous avons une espèce encore à l'aube de l'humanité, qui confrontée à une enfance turbulente peine à réaliser ce qu'elle fait, comme le ferait un bébé qui tarde à sortir de son berceau. Pour avoir une appréciation générale sur le comportement humain, un laborantin qui nous observerait de très loin dans l'espace pourrait dire de cette ère anthropocène :

Se laisse facilement distraire et participe volontiers au chahutage. Des efforts sont tout de même constatés mais cependant insuffisants. Il faut persévérer tant la marge de progression peut être importante en se mettant sérieusement au travail.

 

D'un point de vue plus terre à terre, nous pourrions aborder autrement la singularité de la situation. L'humain est si limité par son ignorance qu'il ne se rend compte de rien, sa connaissance du réel est comme une goutte d'eau dans un océan qui lui reste inconnu. Il a alors tendance à se prendre pour ce qu'il n'est pas, et à perdre son temps dans des conflits stériles au lieu de regarder en haut.

 

 

Condemnant quod non intellegunt, sic mundus creatus est